Justice pour Hervé : le combat n’est pas terminé

Plus de 4 ans après le meurtre d’Hervé Bondembe Mandundu, suite à 1 jour et demi de procès puis 7 jours d’attente, ce mercredi 31 mars la cour criminelle du Tribunal d’arrondissement de l’Est vaudois rendait son verdict. L’assassin d’Hervé a été acquitté et indemnisé de 35’000 CHF par l’État. Ce procès est le premier de trois affaires de meurtre raciste par la police romande. Nous avons encore une fois la preuve que les non-blancs doivent se battre deux fois plus pour leur justice et pour leur dignité. Nous sommes prêt-e-s.

N’oublions jamais, Hervé Bondembe Mandundu était un homme noir de 27 ans, père de famille et comme on dit au Congo : « l’enfant de quelqu’un ». Il a été abattu à balles réelles par un caporal de la Police du Chablais vaudois – lui-même accompagné de 4 de ses coéquipiers formés et entraînés – la nuit du 6 novembre 2016 au cours d’une intervention de routine à Bex. Le caporal, devenu sergent depuis le meurtre, a tiré 3 balles dans le corps d’Hervé, dont deux qui lui ont été fatales. Ce policier formé aux arts martiaux et muni d’armes non-létales, a fait le choix d’utiliser son arme à feu au péril de la vie d’Hervé Bondembe Mandundu et de viser le thorax, plutôt que d’envisager les nombreuses alternatives dont il disposait. C’est notamment pour ce fait qu’il a été prévenu pour meurtre.

Les nombreuses incohérences de l’affaire ont été énoncées par le procureur avant de plaider pour l’acquittement du meurtrier d’Hervé. Notamment, la distance entre le tueur et sa victime aurait été plus grande que dans le témoignage du meurtrier. Il aurait donc pu voir Hervé arriver de loin, ce qui remettrait en cause, selon le procureur, la légitimité du policier à tirer. De plus, les policiers ont déplacé le corps du défunt et ont tenté de nettoyer le sang. Finalement, selon le témoignage de voisins, les policiers auraient pris le temps de se concerter avant d’appeler les secours.

Depuis le début de l’affaire, la couverture médiatique ainsi que l’angle du procès ont contribué à rendre cet homicide justifiable, voir justifié, aux yeux de l’opinion publique. Il y a eu une confusion nette et délibérée entre qui était la victime et qui était l’assassin. Nous avons ainsi assisté, d’un côté, aux calomnies à l’encontre d’Hervé Bondembe Mandundu : la victime a été salie, dégradée, humiliée et condamnée comme si elle était sur le banc des accusés. De l’autre, nous avons été témoins de la mascarade médiatique – tant dans les médias dits « de gauche » que dans les médias institutionnels – et de son parti pris pour l’assassin. La presse a inventé à Hervé des tares qui, même si elles étaient vraies, ne justifieraient pas sa mort, alors qu’en revanche elle déplore la situation dans laquelle se trouve son assassin.


Une famille prête : leur témoignage 

Quelques jours avant le procès, lors de notre rencontre, la famille était prête à se livrer à un bras de fer. Nous leurs avons alors posé quelques questions :

OC :  Comment vous sentez-vous en attendant le procès ?

Mme et M. Mandundu (parents) : On connait notre fils, sa manière d’être, c’était quelqu’un de bien. Donc voilà : nous attendons et nous serons là pour écouter. S’ils nous le demandent, nous sommes prêt-e-s à intervenir pour parler. Nous sommes positifs et venons en paix. On a attendu quatre ans. Quatre ans… On a subi beaucoup de choses. Nous avons été suivi-e-s par des professionnels. Donc voilà maintenant, après quatre ans, c’est le procès. Nous attendons le jour J et comment ça va se passer. Nous sommes confiant-e-s.

OC : Avez-vous connaissance de la stratégie du prévenu et de son avocat ? Ce qu’il va plaider ?

M. Mandundu : Nous ne connaissons pas leur stratégie. Nous, nous sommes là, si on arrive déjà jusqu’au procès c’est bien qu’il y a quelque chose, qu’ils ont trouvé quelque chose du côté du policier. Donc nous attendons, comme tout le monde, de voir ce qu’il va se passer.

OC : Quelles sont vos attentes ? Est-ce que vous allez témoigner ?

Mme Mandundu (mère) : Témoigner… L’avocat nous a dit de décrire Hervé parce que pour la police, Hervé était méchant. On entend : « Hervé était ci Hervé était ça ». C’est important aussi en tant que famille de parler de Hervé, parce que ça fait maintenant quatre ans qu’il n’y a personne d’autre que la police qui parle de lui. C’est le moment de venir en tant que famille dire qui il était.
M. Mandundu : C’est le moment de parler, il faut en parler de manière générale. (On a confiance, nous allons gagner. On sait que ça va bien se passer.) Ils sont un peu excités parce qu’ils ont tué. Voilà. Ils ont assassiné. C’est pour ça qu’ils disent « il a fait ci, il a fait ça, il était comme ci ou comme ça ». Si vous n’aviez rien fait, vous seriez juste calmes.

OC : Dans ce sens, vous voulez qu’il soit jugé coupable ? Vous voulez qu’il soit puni ?

Mme Mandundu : Nous sommes une famille chrétienne, nous ne sommes pas là pour punir les gens, mais nous voulons que la justice soit faite. Ce n’est pas à nous de condamner. Nous voulons la vérité sur les événements et que les policiers puissent avoir le courage au moins de dire ce qu’il s’est réellement passé, parce qu’ils avaient d’autres moyens de maîtriser Hervé.

OC : Que pensez-vous de ce discours médiatique, du discours de la police dans la presse ?

M. Mandundu : C’est leur façon d’accuser quelqu’un qui est innocent. Parce que quand tu ne trouves rien sur la victime, il faut aller dans ce sens : « Nooon il avait fait ça, il est ça, il est drogué… » On l’accuse devant le monde, devant les gens. C’est comme ça. En vérité, Hervé n’est pas comme ça. Nous connaissons notre fils. Nous connaissons Hervé.

À l’issue de l’entretien, nous avons pu discuter de la visibilité extra-nationale du meurtre de Hervé dans les milieux militants et associatifs. La famille a pu voir le nom de Hervé sur une fresque murale à Lausanne. Elle était très touchée de savoir que son nom résonne encore, en manif, dans les espaces publics comme dans les espaces politiques, et dans nos cœurs.


Un verdict qui fait froid dans le dos

Acquitté et indemnisé à hauteur de 35 000 francs suisses avec l’argent du contribuable. Nous ne pardonnerons jamais ce verdict abject, de la part d’un État policier qui protège ses hommes au détriment de la vérité.
Habitée par la colère, mais aussi par leur amour pour leur fils, c’est la tête haute que la famille a quitté le tribunal ce matin sans même recevoir d’excuses. Nous pouvions voir, à quelques mètres, l’avocate de la défense jubiler et parader devant les caméras.
Avant même le verdict, Mme Mandundu s’interrogeait : « Je ne comprends pas pourquoi ils nous ont fait venir si c’était pour vivre ça, on aurait dû me laisser chez moi ». Pour la famille et leur avocat, ce procès n’est qu’une étape : « On va se battre, on va rien lâcher, oui… c’est un combat qui se gagne sur le long terme ».
En effet, à leurs côtés nous nous battrons sans relâche pour que justice soit faite pour Hervé Bondembe Mandundu. Ce combat n’est pas vain. Il ajoute une pierre à l’édifice de toutes les familles en lutte depuis des décennies contre les meurtres policiers.

LA POLICE ASSASSINE, JUSTICE COMPLICE, DÉSARMONS LE BRAS ARMÉ DE L’ÉTAT !

À Hervé Bondembe Mandundu, Mike Ben Peter, Lamin Fatty, Nicolas Manikakis et tous les autres,

Nous porterons vos noms haut et fort et nous ne cesserons jamais de les scander, à nous-mêmes et au monde. Et de là où vous êtes, nous vous savons à nos côtés.
Une attaque contre l’un-e de nous est une attaque contre nous tou-te-s.

Rest in Power !

Outrage Collectif

 


 

Article initialement publié sur https://acta.zone/justice-pour-herve-le-combat-nest-pas-termine/

Affaire Hervé Mandundu: Procès, jour 2

« J’ai 6 millions de raisons de perdre la mienne
Le système développe trop de pièges
Les gars racistes occupent trop de sièges ».
Lunatic – Civilisé

Les gars racistes occupent trop de sièges et leur soi-disant neutralité, hégémonique et blanche, est du côté du tueur. Qu’est-ce qui motive leur enquête? Quel est l’angle privilégié? Où est donc passée cette soit-disant neutralité suisse? Est-il si difficile d’accepter, qu’en Suisse aussi, des policiers blancs tuent des hommes noirs?

Dans cette affaire impliquant le meurtre d’un homme noir par un policier, la neutralité est difficile à trouver et la justice en est complice.

Nous ne sommes pas dupes: ce procès est politique. Il est le premier de trois procès de victimes noires. Ce procès est une bataille politico-médiatique menée dans le but de défendre l’Etat policier, et c’est toute la famille d’Hervé qui en fait les frais. Le coût d’une potentielle défaite est trop grand pour ceux qui représentent l’Etat, il est donc important de maîtriser le discours. Et c’est bien ce qu’ils font.

Aujourd’hui, pour la partie plaignante, la nuit semble avoir été longue et non sans peine. C’est pourtant confiante, un peu avant 9h, que la famille se dirige vers la salle d’audience. Cette fois, pas de caméra ni de photographe pour capturer la scène.

9h06

Le procès commence. Le procureur reprend les faits de la nuit du 5 au 6 novembre 2016, nuit du meurtre d’Hervé Bondembe Mandundu par le policier mis en accusation. Plusieurs incohérences sont alors mises en lumière sur la base de la version du voisinage qui ne corrobore pas celle des policiers.

Le procureur énonce plusieurs accusations à l’encontre de l’accusé pour meurtre. La proximité avec la victime lors des tirs; la concertation avec les autres policiers et le déplacement du corps.

Proximité

Le procureur remet en doute la proximité de 1 mètre entre le policier et la victime lors des tirs. Selon son analyse des différentes pièces à conviction, ce policier n’aurait pas été aussi proche d’Hervé pendant les coups de feu. Il pense plutôt que ce dernier se dirigeait vers lui. Le policier devrait donc l’avoir vu arriver de loin.

La concertation

Le procureur rapporte, qu’après le meurtre, un voisin aurait vu les policiers sortir et prendre le temps de discuter avant d’appeler les secours.

Déplacement du corps

L’ambulancier présent sur la scène du crime et le médecin légiste ont témoigné que les policiers présents auraient déplacé le corps de la victime. Ils auraient, par la suite, partiellement essuyé le sang. Ces actions vont totalement à l’encontre de la procédure légale lors d’un quelconque crime. L’ambulancier aurait alors dit aux policiers: « Vous m’avez déçu ».

De plus, certaines contradictions ont été relevées:

Les policiers ont rapporté avoir entendu des bruits similaires à des coups de feu dans l’appartement d’Hervé mais les voisins réfutent avoir entendu de tels bruits.

Puis, les policiers ont dit avoir tiré deux fois. Mais le procureur a auditionné le mari de la concierge, qui soutient avoir bien entendu le policier tirer à trois reprises.

L’avocate de la défense, quant à elle, s’est alors basée sur ces éléments quelques peu bancals et sur des statistiques provenant des Etats-Unis. Peut-être n’avait-elle pas eu le temps d’y lire le taux élevé de meurtres policiers sur les hommes noirs.

Malgré toutes ces incohérences, le procureur demande l’acquittement du policier qui a tué Hervé Bondembe Mandundu en raison de l’hypothétique légitime défense. Alors qu’hier, la famille l’avait trouvé compatissant, elle a été très surprise, en ce deuxième jour, d’entendre ses conclusions, surtout après toutes les contradictions soulevées.

12h44 

Fin du procès. C’est ainsi que le procès est écourté de moitié, malgré une affaire complexe et qui laisse, de fait, de nombreuses questions sans réponses. Le caporal devenu sergent sort du bâtiment la tête haute, passant à côté de la famille de la victime et de leur avocat. Ni les voisins, ni les policiers présents ce soir-là, n’auront été entendu lors du procès.

Nous en concluons que la Cour mise sur un enchaînement de détails arbitraires relatifs uniquement aux affects et aux témoignages de l’accusé du meurtre. A ce niveau, on ne comprend plus : qui est accusé de quoi? La Cour occulte totalement toutes les incohérences des récits fantasmagoriques de l’accusé. S’appuyer sur ce qui pourrait mettre en cause la victime semble être privilégié: il s’agit, d’un coté, d’étudier et scruter la victime, et d’un autre côté, de faire de la rétention d’informations sur le passif policier. Des informations pourtant décisives pour un tel jugement. La justice refuse de voir l’affaire dans sa globalité. Nous attendons le verdict ce mercredi 31 mars 2021.

C’est avec cette appréhension qu’une partie de la fratrie a été trop affectée pour pouvoir être présente. Nous leur envoyons tout notre soutien. Leur soeur présente témoigne: « Mon frère s’occupait bien de nous. Il faisait tout pour qu’on ne manque de rien. Il nous donnait toujours des conseils sur la vie, il nous encourageait. »

La maman de l’enfant d’Hervé nous confie que l’existence même de ce procès lui avait donné de l’espoir. Elle y voyait de la compréhension de la part de la justice. Elle s’est toutefois sentie reléguée au statut d’étranger.e.s, d’africain.e.s, ce qui tend à nourrir son sentiment d’incertitude à ce que justice soit faite.

Elle a pris le temps de questionner son fils sur son ressenti face à la situation. Celui-ci est manifeste: les circonstances de la mort de son père lui apparaissent comme un puzzle auquel il manque une pièce.

Affaire Hervé Mandundu: Procès, jour 1

Toute la police est violente jusque dans ses regards et ses silences¹. Et c’est dans ces multiples regards et silences que le procès du tueur de Hervé Mandundu a commencé. Aux quatres coins du bâtiment, des groupes de policiers en uniforme errent dans un silence complice.

Et c’est dans ce silence complice que le policier inculpé se baladait tranquillement aux pauses avec ses soutiens, passant à côté de la famille de Hervé. Par ailleurs, seule la famille très restreinte de la victime a pu assister au procès, et rien n’a été amenagé pour elles et eux (ni endroit pour manger, ni place de parking), malgré le contexte sanitaire actuel. Plusieurs journalistes étaient aux abords et on pu accéder au procès, mais aucun soutien n’était autorisé pour la famille. Certains médias à l’extérieur posaient des questions intrusives et allaient jusqu’à photographier certaines personnes qui tentaient de se cacher.

09h07 C’est dans cette ambiance froide que le procès a commencé. Dans la matinée, c’est l’inculpé pour meurtre qui a parlé, puis les experts.

L’assassin de Hervé a livré un témoignage larmoyant, largement relayé par les médias. On ne peut que constater l’emphase sur les émotions de ceux qui nous retirent les nôtres, ceux qui sont dans le tort. Pour l’affaire Mike Ben Peter, les médias avaient rapporté le stress et l’accablement que les articles sur la mort de Mike suscitaient chez ses meurtriers: pas pour leurs actes mais pour avoir été identifiés comme meurtriers.

On se demande donc, les larmes blanches, les larmes d’un policier, les larmes de celui qui a tué, sont-elles plus importantes que celles d’un enfant qui a perdu son père?

S’est ensuivi le compte rendu des experts. On y retrouve ainsi la médecin légiste Silke Grabherr, la même médecin qui s’est occupé de l’affaire de Mike Ben Peter, remise en cause par l’avocat de Mike pour sa non-impartialité dans l’affaire. Elle a enseigné à l’école de police de Savatan et est mariée à un flic.

12h15 La première partie du procès se termine.

À la pause de midi nous étions satisfaits de la tribune du 24heures, axant son article sur la potentialité raciste du meurtre de Hervé. Mais c’est non sans surprise que quelques heures après, le 24heures donna une tribune à l’assassin dans un nouvel article : Il tenait un couteau, prêt à frapper, j’ai vu son regard déterminé.

Malheureusement, personne n’est là pour dire ce qu’Hervé a vu dans les yeux de son tueur avant de mourir. L’avocat de la famille ne peut se baser que sur des faits que l’on peut déterminer après l’évènement, ou des faits rapportés par des experts du côté de la police. La police, elle, a eu tout le temps de ficeler son discours, entre la mort de Hervé et l’arrivée des secours, et entre la mort de Hervé et le procès, quatre ans après.

13h30 L’après-midi, c’est une collègue du policier qui s’est exprimée. Elle a travaillé avec lui pendant plusieurs années. Elle a témoigné de « la manière de travailler très professionnelle et respectueuse » de son collègue. Pourtant, ils ont refusé deux fois que l’avocat accède aux états de service de l’inculpé. Ils préfèrent qu’on les croie sur parole plutôt que de donner des preuves tangibles.

Leur position dans la société et leur statut professionnel et social orientent évidemment l’enquête, et dans ce cadre, ils plaident la légitime défense.

Mais le père de Hervé a été là pour nous rappeler le Hervé que son entourage connaissait:

« Mon fils n’est pas méchant, je le connais. Vous le catégorisez comme un meurtrier, un méchant. Il était pompier volontaire à Lausanne, mon fils s’occupait bien de nous. Mon fils a même ouvert une association, il a laissé plusieurs cartons chez moi pour les donner aux orphelins en Afrique. C’est pas le Hervé que vous décrivez, le tueur c’est lui, c’est pas mon fils. »

15h15 Le premier jour du procès se termine.

¹- Mathieu Rigouste – La domination policière : Une violence industrielle

Ils ne veulent pas dire pardon

Poème écrit et lu dans le cadre du mémorial pour toutes les victimes de violences policières : Sag ihre Namen! du 20.03.2021 organisé par Allianz Against Racial Profiling à l’occasion  de la journée internationale de lutte contre les violences policières.


Ils savent ce qu’ils ont fait
Et ils ne veulent pas dire pardon

On s’est rencontrés
On avait plus ou moins 12-13 ans
On avait le privilège de l’insouciance
Mais pas trop quand même
Tôt on a appris à être vigilants
Toi plus que moi pourtant
Tôt on nous a fait comprendre qu’il fallait tout bien faire
Un peu trop quand même

On s’est tout de suite bien aimés
Je ne sais pas vraiment comment pas trop t’aimer en fait
Peut-être parce que tu as souvent été un ami très précieux

J’ai envie de te raconter
Raconter nos histoires
Mais elles ne se racontent pas
Elles se vivent ou se racontent à deux

On s’est rencontré
On avait plus ou moins 12-13 ans
A 12-13 ans on croit qu’on a toute la vie devant soi
On s’est vus, perdus, et à nouveau revus tant de fois
Je ne m’en souciais pas
Car je croyais qu’à 12-13 ans…
Qu’à 20-21 ans…
Qu’à 27 ans…
On avait toute la vie devant soi

Et ils sont venus Hervé
Ils sont venus décider de la suite de l’histoire
Ils ont décidé que 27 ans c’était déjà bien assez pour toi
Ils sont venus
Ils ont décidé de la suite de l’histoire
Ils veulent la contrôler cette histoire
Et ils ne veulent pas dire pardon

On t’a tant aimé Hervé
On aurait voulu que tu te racontes toi-même
Que tu racontes l’investissement que t’as eu pour les tiens
Les années passent et on ne comprend toujours pas
Et eux… gardent le silence

Ils décident de qui peut vivre ou mourir ici
Et c’est nous qui mourrons

Mais ce policier, il est là tu vois
Ce policier il respire notre oxygène tu vois
Ce policier pollue notre air
Ce policier a du soutien là

Mille fois, ils ont menti
Mille fois, ils ont tué
Mille fois, ils nous ont ignorés et méprisés
Et nous.. on est morts mille fois

Ils sont venus tu vois
Puis ils t’ont tué Hervé
Ce système, ce policier, cette justice

Parce que tu vois ce policier, il est là
Ce policier il respire notre oxygène tu vois
Ce policier pollue notre air
Ce policier a du soutien là

Ils ne veulent pas avouer leurs torts
Ils se taisent et quand ils l’ouvrent, c’est pour mentir
Ils ont peur Hervé, car nous luttons pour la justice et la verité
Ils ont peur, car ils sentent notre colère
Cette colère tu sais
Cette colère qui nous fait reculer devant rien
Mais ils ne veulent pas dire qu’ils ont eu tort
Ils ne veulent pas dire pardon

Ils ont peur, car nous veillons à maintenir ta dignité
Car nous veillons à te faire vivre
Car nous refusons que tu tombes dans l’oubli
Ils nous cassent
Et s’en foutent pas mal qu’on se répare
Car Ils ne veulent pas dire pardon

Mais on est là nous Hervé
On est là
Et on ne la lâchera pas

Ils pensent que nous luttons de colère
Mais c’est bien pire
Bien pire pour eux

Car nous luttons par amour

Et l’amour ça marque

Et l’amour ça reste

 

Une membre d’Outrage Collectif

 


Le procès du policier tueur aura lieu le mardi 23 mars 2021.
Enfin.

Affaire Hervé Mandundu : Le procès a enfin lieu

Affaire Hervé Mandundu : Le procès a enfin lieu

Enfin.

Plus de 4 ans après la mort d’Hervé Mandundu, tué sous les balles de la police cantonale vaudoise, le procès aura finalement lieu. Rappelons les faits. La nuit du 6 au 7 novembre 2016, 5 policiers intervenaient dans l’immeuble d’Hervé, suite à un appel pour tapage nocturne. Selon la version policière, Hervé les aurait agressé pendant son interpellation, ce qui aurait justifié que l’un d’entre eux – le caporal – lui tire à moins d’1m de distance trois balles dans le corps dont deux lui seront fatales. Les voisins d’Hervé ont démenti la présumée agressivité de la victime lors de l’intervention. C’est donc dans ces circonstances improbables que l’intervention de cinq agents de police entrainés et diplômés aura lieu. Cinq agents face à Hervé dans cet immeuble, qui en mourra. Il était seul, âgé de 27 ans, et père d’un jeune enfant.

Ce n’est que le lendemain matin, le 7 novembre aux alentours de 10h, que des agents de police viendront annoncer la mort d’Hervé à ses parents. Après ces évènements dramatiques, la communauté congolaise et leurs soutiens ont manifesté dans les rues de Lausanne pour dénoncer le racisme et le profilage racial imprégnant cette affaire. Cette mobilisation a rassemblé plus de 1000 personnes. Les revendications étaient claires: le droit à la vérité et la justice, contre les crimes policiers. Cette mobilisation a marqué un soutien pour toutes les victimes de violences policières et leurs proches, sous la pluie de slogans scandés par les manifestant·e·x·s: la vie des noir·e·x·s compte. Un an après la mort d’Hervé, la famille nous a livré un témoignage poignant:

« C’est vraiment trop long une année, nous n’avons même pas de réponse. Ce qui nous touche, ce qui nous fait mal surtout, c’est qu’on a reçu aucune visite des autorités, même pas un courrier pour avoir au moins de nos nouvelles. »

« Ce qui me fait peur c’est de voir combien de famille subissent ça, et ce que la police a semé dans la vie de nos enfants et les répercussions sur le long terme. On ne peut pas faire notre deuil. Le policier, il vit sa vie, il travaille et nous on est là, on est condamnés, on attend. On est là, comme des animaux quoi. C’est lui qui a plus de valeur que nous, c’est le policier. »

Aujourd’hui, la situation reste inchangée, les parents d’Hervé restent toujours sans réponse ni contact officiel. Depuis l’annonce du procès, seuls quelques éléments de l’enquête, dont une nouvelle version policière ont été relayés par les médias: cette nouvelle version justifierait selon eux le meurtre de Hervé. Ses parents apprennent ainsi, tout comme nous, les avancées de l’affaire en lisant les journaux, sans aucune médiation à propos de la mort de leur fils de quelconque autorité.

Les parents ont pu lire – comme nous – le procureur de l’instruction relever dans le 20 minutes que les agents de la police du Chablais, équipés de gilets pare-balles et de gants pare-couteaux, n’ont pas fait usage de leurs bâtons tactiques ni de leurs sprays au poivre. Ainsi, la police a préféré sortir une arme létale avant d’utiliser les violents outils procurés par la police qui auraient pu éviter son meurtre.

La reconnaissance des violences policières dans les discours médiatiques relève en effet de l’exception alors que la diabolisation de leurs victimes, des hommes noirs ou racisés, reste la règle. Pour Mike Ben Peter, comme pour Hervé Mandundu, la police s’est empressée de relater aux médias que leur victime était sous substances ou alcoolisée, avant même que le rapport toxicologique ne soit sorti. Sans aucun respect pour les proches, ils salissent la mémoire de nos victimes auprès de l’opinion publique afin de se dédouaner de leurs meurtres abjects.

Nous avons rencontré à nouveau la famille de Hervé. Celle-ci a bien compris le jeu des médias :

« C’est ça, Mike c’est la même chose avec Hervé ! Ils ont dit ça aussi, qu’il était drogué, qu’il était alcoolisé… C’est leur façon d’accuser quelqu’un qui est innocent. Parce que quand tu ne trouves rien, il faut dire quelque chose. On l’accuse devant le monde, devant les gens. En vérité, Hervé il est pas comme ça. Nous on connait notre fils. On connait Hervé. »

Malgré que ces longues années d’attente aient impacté leur santé, la famille est maintenant prête et confiante pour le procès.

« Nous somme prêts. Nous sommes prêts. On a rien à perdre. On a perdu déjà Hervé. »

Du 23 au 25 mars aura lieu le procès sur la mort d’Hervé Mandundu à huis clos, le Caporal mis en cause devra y répondre de ses actes devant une cour criminelle. Nous espérons que les autorités rendront justice et dignité à Hervé ainsi qu’à sa famille, et que la condamnation ne protègera pas encore une fois la police, le bras armé de l’Etat.

Nous le dirons jamais assez, dans la communauté congolaise un enfant n’appartient pas à ses parents, mais à toute sa communauté. Ce soir-là, Hervé Mandundu mourrait tué par la police, cela fait quatre ans que toute une communauté est en deuil.

 

Justice et vérité pour Hervé
Justice et vérité pour Mike
Justice et vérité pour Lamine
Justice et vérité pour toutes les victimes de violences policières

 

Outrage Collectif

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Pour lire l’entretien de 2017 avec la famille d’Hervé:

Il y a un an, Hervé mourrait sous les balles de la police !

Manifestation du 9 juin – compte rendu

La manifestation du mardi 9 juin a été un succès retentissant. 
On a pris la rue avec tous les aspects de nos vies. On s’y est recueilli, on y a dansé et crié. Nos poings ont fendu la pluie. À la mémoire des nôtres. Pour l’avenir des nôtres.
 
Il y avait plus de 30’000 personnes. Des milliers de pancartes, une centaine de banderoles.
 
C’est une menace claire. Le racisme anti-noir est sous pression. On ne s’arrêtera jamais de le combattre sous toutes ses formes.
 
On a vu le nom de celleux qui manquent brandis. On a scandé leurs noms.
 
On a pu admirer la dignité et l’engagement de la famille de Nicolas Manikakis. Tué par la police en novembre 2017, à quelques kilomètres d’ici, à Thonon. Sa mère nous a rappelé l’absurdité et l’horreur des crimes policiers.
 
On s’est arrêté-e-x-s devant Payot qu’on a hué pour leur réédition, « au nom de la nostalgie », d’un livre pédagogique raciste.
 
No Apologies a pris la parole, hurlé sa rage. Du harcèlement aux meurtres. La Suisse n’est pas la terre d’accueil que l’on croit et elle ne doit plus être une terre de deuil. La police tue. La police a tué Hervé Mandundu, Lamin Fatty, Mike Ben Peter et plein d’autres. On aimerait croire que ça n’arrivera plus. Qu’aujourd’hui on a dit stop et qu’on a été entendu. 
 
Mais ne nous voilons pas la face. La police va continuer son entreprise de mort. Le soir de la manifestation, des noir-e-x-s ont été controlé-e-x-s, fouillé-e-x-s et humilié-e-x-s à quelques pas de là où on dansait. La police faisant bien attention que personne ne les filme. Ces événements ne nous ont été rapportés que le lendemain. Si vous avez des infos à ce propos: contactez-nous.
 
On s’est arrê-e-x-s sur le pont du Mont-Blanc on a respecté un moment de silence le genou à terre. Des fumigènes ont été craqués. Arrivé-e-x-s dans le passage des Alpes, que l’on connaît pour sa capacité à faire résonner la colère populaire, on a demandé aux gens de s’accroupir avant de lancer un pogo dont on se souviendra longtemps. FUCK LE 17 de 13 Block a fait sauter tout le monde. Arrivé-e-x-s au parc des Cropettes on a éteint la sono pendant les prises de parole. On a ensuite dansé des heures. Le parc des Cropettes, connu pour son festival de Jazz de blanc, s’en rappellera.
 
Le lendemain de la manifestation, on a vu les éditorialistes de la place cracher leur mépris et leur dégout. Ils se sont permis de nous expliquer comment militer en nous montrant les écueils de notre soi-disant communautarisme. Ils rejoignent la LICRA dans les rangs de cet antiracisme moral que nous continuerons à combattre. Ils perdent leur capacité d’agir lorsque nous nous chargons nous-mêmes de notre émancipation. Ils voient une génération prendre son destin en main et se débattent comme des poulets sans têtes.
Qu’ils s’accrochent aux miettes de pouvoir qu’il leur reste, pendant que nous partageons le pain.
 
Outrage Collectif combat le racisme anti-noir avec férocité depuis plusieurs années et ce, sans concession. Nous sommes bien conscient-e-x-s que seul un changement radical de la société pourra nous permettre de l’éradiquer. Mais ce sont des objectifs précis et atteignables que nous devons mettre en avant. La lutte contre les violences policières en fait partie. Nous avons vu aux États-Unis et en France, l’efficacité de la colère de la rue. Seule la lutte paie. Abolissons la police, construisons des communautés fortes, capables de résoudre les problèmes de la vie collectivement. Faisons plier l’État, inscrivons-y la subversion nécessaire afin de reprendre le contrôle sur nos vies. Détruisons les politiques d’asile racistes qui mettent en danger et criminalisent les personnes en exil et laissent des mineurs à la rue. Nommons les responsables politiques de ces catastrophes et combattons-les sur tous les terrains.
Nous persisterons dans la construction d’un discours anti-raciste révolutionnaire et nous nous réjouissons de l’émulation actuelle autour du mouvement Black Lives Matter. Nous espérons fort y trouver de nouveaux-velles partenaires de lutte ! 
 
Un grand merci à BLM SwissRom, au collectif Amani, au collectif Afro-Swiss, la famille de Nicolas Manikakis, à No Apologies, aux allié.e.x.s, aux ancêtres.
 
Justice et vérité contre l’impunité
 
 
 

Discours de la manifestation du 9 juin 2020 – La vie des noir.e.x.s compte!

Ils ont encore tué. Ils ont encore tué.

Ils ont tué George Floyd. 

Ils sont la police. Le bras armé du racisme qui s’abat de manière féroce sur les noir.e.x.s. On ne compte plus les noirs qui sont morts aux mains de la police américaine. Ni les noir.e.x.s emprisonné.e.x.s, condamné.e.x.s par une justice tout autant raciste que les porcs qui la défendent.

Mais l’Amérique s’embrase. Les oppressé.e.x.s se sont révolté.e.x.s dans tout les Etats de cette puissance en déchéance. A Minneapolis, où George FLoyd est mort, les noir.e.x.s se sont soulevé.e.x.s. Un commissariat a brûlé. 

C’est beau un commissariat qui brûle.

Ils ont tué Adama Traoré, Lamine Dieng, et plein d’autres.

Ils sont la police française ou la gendarmerie nationale. Le bras armé d’un Etat colonial et raciste qui exclu, emprisonne, mutile et tue les enfants des colonies.

Mais là non plus,  ça ne passe plus. Plus de 80’000 personnes se sont rassemblées à l’appel du comité Adama pour crier leur refus des crimes policiers impunis qui s’abattent sur les arabes et les noirs.

Mais vous le savez bien si vous êtes là ce soir. En Suisse aussi le racisme anti-noir se déploie sous plein de formes.

On ne peut plus, aujourd’hui, se distancer. Dire que c’est pire ailleurs, qu’ici, c’est pas la France, qu’ici c’est pas les Etats-Unis. La condition noire n’a pas de frontière et elle est victime de violences sociales mondialement structurées : santé au travail quand travail il y a, accès aux ressources sanitaire, droit à la vie et digne la vie !!!

 

La répression est un mot d’ordre dans la police suisse et le racisme anti-noir son meilleur outil. Oui, ça fait bien des années que dans les rues des grandes villes suisses, la chasse à l’homme noir est lancée. Les noirs sont coursés, tabassés, arrêtés, au péril de leur vie.

 

Ils subissent contrôles, fichages et déshumanisation mais pourtant : la vie des noirs ne compte-t-elle pas? 

 

Ils ont tué Mike

Ils ont tué Mike Ben Peter, à Lausanne, le 28 fevrier 2018.

6 policiers. Un plaquage ventral. Des cotes cassées et d’autres horreurs que nous n’osons même pas décrire. Un supplice de 45 minutes. Mais la justice patine et ne condamne pas les policiers. La dernière expertise assure que le plaquage ventral n’est pas la cause de la mort. 

Mais si l’on fouille, on comprend pourquoi cette prise de position va dans le sens de la police. Elle a été conduite par Silke Grabherr, une soi-disant star de l’autopsie… Qui déclare, sur le site des HUG, avoir deux passions: la médecine et la police. Elle est aussi formatrice à l’école de police de Savatan. Cette personne ne devrait pas avoir le droit de se prononcer dans une affaire impliquant la police. 

Elle travaille avec eux. C’est injuste

Justice pour Mike !

Mais il y aussi les morts de Lamin, de Hervé et de plein d’autres. Nous avons le coeur serré.

Avons-nous vraiment besoin de plus d’images pour convaincre que nous comptons?

Outrage Collectif demande justice et vérité ! 

Outrage Collectif demande la fin des politiques migratoires racistes qui criminalisent les exilés et nous, enfants d’immigrés !

Que l’impunité policière ne passe plus !

Organisons-nous !

La vie des noirs compte!

 

 

Pour lire le compte-rendu de la manifestation: https://outragecollectif.noblogs.org/post/2020/06/16/manifestation-du-9-juin-compte-rendu/

Crédit photo: @imaurxlia

Afrofem contre police

english below
La violence d’État anti-noire la plus visible en Suisse, est celle faite sur les hommes noirs par la police. 
 
Si la question de classe et de la couleur de peau a une place cruciale dans la criminalisation des personnes, la question des genres a elle aussi sa spécificité de violence.  Alors bien que nous ne soyons pas des mecs cis noirs, nous pouvons voir comment l’État nous astreint à subir sa brutalité, de manière frontale ou subtile.

Continue reading « Afrofem contre police »

Pourquoi s’organiser contre la police ?

English below
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Rien de nouveau sous le soleil : L’état du monde n’a pas beaucoup changé depuis notre dernier événement. Le racisme d’Etat sévi toujours, alors nous luttons.
Pour n’en citer que quelques uns ces 10 dernières années…

Tué le :
– 28.02.2018 Mike Ben Peter
– 24.10.2017 Lamine Fatty
– 06.11.2016 Hervé Mandundu
– 18.04.2010, Umüt Kiran, (tué par balle dans une course poursuite)
– 17.03.2010, (X nigérian tué sur le tarmac de Zurich lors de son renvoi forcé)
– 11.03.2010, (Skander Vogt), asphyxié dans sa cellule de la prison de Bochuz

Tous assassinés entre les mains de la police en Suisse.

Le constat général est simple. L’engagement policier participe à un système mortifère pour les noir·e·x·s et autres non-blanc·he·x·s. Depuis des décennies en Suisse, les noir·e·x·s sont quotidiennement agressé·e·x·s, racketé·e·x·s, tabassé·e·x·s, subissent des fouilles non conformes, et sont les sujets d’un contrôle social exacerbé.

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————–Violences policières ———20-21-22 juin —————-Genève – Lausanne

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Après quelques mois de « repos » mérité suite à l’organisation du Paraponera Festival au mois de novembre, Outrage Collectif est de retour !

Nous continuons les collaborations et cette fois nous avons la chance d’avoir à nos côtés le collectif Cases Rebelles (http://www.cases-rebelles.org/) qui sera là pour nous présenter la traduction française de l’autobiographie d’Assata Shakur aux Editions Premier Matin de Novembre (http://www.pmneditions.com/) ainsi que leur film DIRE A LAMINE (https://www.cases-rebelles.org/dire-a-lamine/) qu’ielles ont réalisé en collaboration avec le collectif Vies Volées (collectif de famille de victimes de crimes policiers https://www.viesvolees.org/).

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